Les liens vers les références sont en bas de page.
Pourquoi existe t-il une pollution aux PFAS sur notre territoire ?

Le site du CNPP (Centre National de Prévention et Protection), sur le territoire des communes de Saint-Marcel, la Chapelle-Longueville et Saint-Etienne-Sous-Bailleul, accueille depuis 1987 des activités de formation et études dans le domaine de l’extinction d’incendie dispensées par le GESIP. Or, les produits d’extinction d’incendie utilisés jusqu’en 2022 intégraient des émulseurs à base de PFAS dans leur composition. Les orientations actuelles vont vers leur bannissement du fait de leur toxicité (ref [1]).
Si l’origine de la pollution des sources ne fait aucun doute et a fait l’objet d’une publication scientifique (ref[2]), il ne faut pas exclure qu’une partie de la pollution vienne des activités plus anciennes sur le site (raffinerie de pétrole).
Que s’est-il passé en 2014 et 2015 ?
En 2014, l’ANSES (Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l’Alimentation, de l’Environnement et du Travail) a mené une campagne de recensement des PFAS. Une contamination de la source Chevriers, alimentant Saint-Just en eau potable, a alors été détectée. Les autres sources analysées dans les environs (sur Saint-Pierre d’Autils, Saint-Marcel, Vernon) n’étaient pas contaminées.
En février 2015, compte tenu de ces résultats, un arrêté préfectoral a exigé le raccordement de la commune au réseau de Saint-Marcel, alors alimenté par la nappe phréatique de l’Albien. Eau très pure, mais naturellement riche en fluor. L’ARS avait alors recommandé d’éviter la consommation des jeunes enfants : les enfants de la cantine de l’école de Saint-Just avaient alors reçu de l’eau en bouteille. Mais cette « pollution » n’avait aucun lien avec celle par les PFAS. De nos jours, une autre solution a été trouvée pour l’approvisionnement des ces communes.

Quelle a été l’évolution entre 2015 et 2023 ?

L’eau de la source Chevriers de Saint-Just n’était plus consommée, mais les riverains ont gardé l’habitude de l’utiliser pour l’arrosage des cultures et l’alimentation d’animaux. Ils la prélèvent dans les résurgences ou au lavoir.
L’association CEVE s’est saisie du sujet en 2017. Nous avons régulièrement interrogé l’ARS (Agence Régionale de Santé) sur les risques liés à ces pratiques. La réponse ne changeait pas : ces taux sont inférieurs aux « valeurs toxicologiques de référence » indiqués par une note de l’ANSES de 2017 – la référence en France encore de nos jours (avril 2026) (ref [3]). Toutes les mesures prises jusqu’ici sont vues comme l’application d’un principe de précaution.
Nous suivons avec grande attention l’évolution de la pollution des sources, quatre d’entre elles faisant l’objet d’une surveillance semestrielle (Chevriers à Saint-Just, Marâtre et Fournel à Saint-Pierre d’Autils, Froc de Launay). Les niveaux restent globalement stables : pas d’évolution défavorable sur les trois autres sources.
En parallèle, le CNPP avait dû réaliser d’importants travaux pour étanchéifier les sols, et ce dans un double objectif : assurer le traitement des eaux d’extinction lors des exercices, et éviter les phénomènes de percolation des eaux de pluie à travers les sols pollués. Par ailleurs, les produits à base de perfluorés ont été de moins en moins utilisés, au profit d’autres n’en contenant pas. Depuis 2022, aucun PFAS n’a été utilisé.
En quoi 2023 a t-elle été une année charnière ?


Début 2023, plusieurs informations ont retenu notre attention : des enquêtes de journalistes (notamment les articles parus dans le journal Le Monde à partir du 28 février 2023 : ref [4]) et un rapport de l’IGEDD (Inspection Générale de l’Environnement et du Développement Durable – ref [5]).
Les deux ont apporté des éclairages nouveaux sur ces pollutions notamment le questionnement des seuils limites considérés pour évaluer le risque sanitaire. La médiatisation de la contamination touchant la région lyonnaise en particulier, nous a aidé dans la sensibilisation du public sur une pollution invisible et inodore…
En mars 2023, l’association CEVE a de nouveau sollicité l’ARS sur les risques inhérents à l’utilisation de l’eau la source polluée, et sur la mise en place d’une surveillance particulière pour les habitants de Saint-Just qui ont consommé l’eau de la source jusqu’en 2015.
La réponse de l’ARS est parvenue le 9 mai 2023, indiquant que la mise en place d’une surveillance spécifique n’est pas justifiée en l’état actuel des connaissances disponibles, mais « rappelant » cependant que l’utilisation de l’eau de la source est interdite « tous usages » (arrosage des cultures, alimentation des animaux, …) – la mairie devant signifier cette interdiction par affichage. Ceci a été fait immédiatement.
Pour l’information de la population, une double page du bulletin municipal a fait le point sur le problème et les précautions à prendre. L’association CEVE y a contribué (ref [6]).
A quel niveau la source Chevriers est-elle polluée ?
La source Chevriers est très hautement contaminée, et ce à double titre :
- La somme des 18 PFAS analysés était en 2022 de 750ng/l, un niveau en augmentation constante. En 2025, la somme de 20 PFAS atteint 900ng/l. Rappelons que la limite pour les eaux de consommation est de 100ng/l.
- La molécule la plus représentée dans cette eau est le PFHxS, la substance la plus bioaccumulable avec une demi-vie supérieure à 5 ans.
Les taux de PFHxS sont certes très inférieurs aux valeurs toxicologiques de référence de l’ANSES (12000ng/l)… mais très supérieures à ceux considérés dans certains Etats américains (2ng/l) (ref [8]).
Les niveaux de pollution des sources continuent à augmenter malgré l’arrêt de l’utilisation des PFAS sur le site CNPP.


Que sait-on vraiment de l’étendue de la pollution ?
A la demande de l’association CEVE, deux sources supplémentaires sont analysées depuis 2024 : celle « du Château » à Saint-Just, et « Saint-Martin », à la limite de Saint-Just et Saint-Marcel.
La première a hélas un niveau de contamination supérieur de celui de la source Chevriers (1050g/l en 2025). C’est très inquiétant car des troupeaux ont l’habitude de s’abreuver dans ce ruisseau. La seconde est épargnée, même si un niveau décelable de PFPeA est noté.
Mais d’autres sources existent entre Chevriers et Saint-Martin : à ce jour (avril 2026) on ne connait rien de leur niveau de contamination, nos demandes d’analyses n’ayant pas été retenues. Elles devraient finalement l’être en 2026 dans le cadre de l’application de l’arrêté préfectoral de juillet 2025 (voir plus bas).



Nous avons interrogé le CNPP sur la possible contamination des sols via les fumées dégagées lors des exercices. Des analyses ont été réalisées au cours du second semestre 2023. Les résultats ont été présentés le 5 septembre 2024, et sont annoncés comme satisfaisants. Deux précautions s’imposent cependant :
- Nous ne disposons pas d’éléments de référence nous permettant de confirmer cette conclusion.
- Ces analyses ont porté sur une possible contamination aérienne : la pollution des terres par ruissellement de l’eau des sources contaminée n’a hélas pas été évaluée.
Enfin, il faut noter qu’à ce jour aucune analyse sur des « productions » locales (œufs, légumes, …) n’a été effectuée. Nos demandes récurrentes ont été prises en compte : en juillet 2025, un arrêté préfectoral a été émis obligeant l’exploitant à réaliser ces analyses. Le protocole est en train d’être établi (objectif début 2026), pour des prélèvements en 2026. L’association CEVE est impliquée dans sa construction, en lien avec les mairies concernées (la Chapelle Longueville et Saint-Marcel), et le CNPP.
Quelle réaction des autorités ?
La contamination aux PFAS de la source Chevriers a été, dès sa mise en évidence en 2014, prise très au sérieux par les autorités préfectorales. Sa fermeture pour l’alimentation en eau potable de la commune décidée dès 2015 par « principe de précaution » a été une bonne et rapide décision. Par la suite, plusieurs arrêtés préfectoraux très contraignants ont obligé l’exploitant à réaliser des travaux importants sur le site (évacuation des terres et résidus souillés, étanchéification des sols, …) et à mener des analyses régulières.
Certaines de nos demandes récurrentes ont été entendues, via les deux arrêtés préfectoraux suivants :
- Celui de mars 2024 oblige l’exploitant (le CNPP) à réaliser des études complémentaires pour mieux comprendre la nature et la propagation des polluants, et évaluer des méthodes de traitement. Les résultats de ces études très approfondies ont été présentés aux municipalités et associations en novembre 2025. Dans les nombreuses avancées qu’elles ont permises, ont peut noter celle ci : les modélisations réalisées, s’appuyant sur les analyses des eaux souterraines (des puits piézométriques supplémentaires ont été créés pour cela), permettent d’expliquer la tendance à la hausse de la pollution aux PFAS des sources et de conclure qu’elle sera durable (plusieurs décennies). Des solutions de traitement sont toujours à l’étude, mais pas de perspective court terme hélas.
- Celui de juillet 2025, qui l’oblige à évaluer le niveau de contamination des légumes, fruits et œufs produits dans les zones polluées. Les résultats seront connus fin 2026.
Concernant un possible impact sanitaire de cette pollution :
- Comme déjà mentionné, l’association CEVE a maintes fois exprimé cette préoccupation à l’ARS (Agence Régionale de Santé) : des personnes ont consommé pendant des années une eau au taux de PFHxS très important (c’est le plus bioaccumulable des PFAS), ou toujours en contact via les ruisseaux qui coulent dans les zones habitées. Nous avons deux fois été reçus par des responsables de l’ARS et Santé Publique France, pour échanger spécifiquement sur le sujet – la dernière fois en février 2026. C’est un signe évident de l’intérêt qui y est porté.
- Nous avons abordé le problème des valeurs toxicologiques de référence établies par l’ANSES, très décalées par rapport à la plupart des équivalents internationaux. Leur révision est attendue depuis plusieurs années, elle est désormais espérée avant la fin 2026.
- Nous avons porté une demande d’évaluation de l’imprégnation aux PFAS des populations concernées. Hélas, pas de suite favorable donnée, avec un certain nombre d’arguments que nous avons jugés « recevables » : ancienneté de la consommation d’eau (plus de 10 ans), facteurs de risques faibles et encore mal connus (encore du domaine de la recherche), échantillon très faible. Nous avons néanmoins suggéré que notre territoire soit inclus dans le protocole de l’étude Albane en cours. Son objectif est de disposer de bases statistiques à jour sur « l’imprégnation » de la population aux PFAS – la base actuelle étant désormais ancienne (étude Esteban – ref [9]). Dans un courrier de février 2025, Santé Publique France nous avait annoncé ne pas donner suite à cette demande qui ne correspond pas à la méthodologie pour l’échantillonnage de la population.
- L’association CEVE a alors décidé de mener une étude limitée, sur fonds propre, sur un échantillon limité à 5 personnes (dont seulement deux en zone de pollution des sources, les autres étant des « témoins »). Il n’y a donc aucune représentativité statistique. On peut cependant constater une très forte disparité des taux de PFAS dans le sang des personnes testées, sans rapport direct avec le lieu d’habitation. Les experts consultés ne sont pas étonnés : les PFAS sont omniprésents dans notre environnement, chacun peut être en contact via son alimentation ou l’utilisation de certains produits. On observe aussi sans surprise que les personnes ayant consommé l’eau contaminée (avant 2015 donc) conservent une imprégnation de PFHxS supérieure à la moyenne nationale (données étude Esteban), et à celle de l’échantillon « témoin » de l’étude. Sans inquiétude particulière au vu des références actuelles.
Que faire en tant qu’association ?
L’association CEVE poursuivra son action pour que cette pollution et ses impacts pour l’environnement et les habitants soient mieux connus et mieux traités, les résultats de l’étude interne ne faisant que renforcer cette détermination. Elle est utile, voire indispensable : les arrêtés préfectoraux de 2024 et 2025 n’auraient probablement pas vu le jour sans nos interpellations …
Information de la population : la pollution existe et est durable, il est important que les riverains en connaissent les risques pour qu’ils prennent les précautions nécessaires. En, plus des communications par écrit (bulletin municipal, presse écrire), nous avons organisé et animé une réunion publique en février 2024 sur la Chapelle-Longueville. Plus de 80 personnes avaient assisté. Début 2026, une autre réunion a permis d’informer nos adhérents des derniers résultats disponibles.

Mais informer nécessite d’accroître notre propre connaissance de cette pollution, en restant en contact avec les exploitants et les autorités.
Pousser à ce que la pollution soit mieux connue : nous demanderons à ce que les zones où les analyses manquent soient prises en compte… et que les résultats nous soient présentés. Les arrêtés préfectoraux de 2024 et 2025 ont montré que nos demandes sont légitimes et nécessaires… et écoutées ! Le « hic » : nous ne sommes malheureusement pas destinataires de nombre de résultats, ce qui ne peut qu’hélas alimenter la suspicion sur la gravité de la situation.
Prendre l’initiative d’analyses « par nous mêmes« , sur le modèle de ce qui est fait par plusieurs associations de la région lyonnaise. C’est ce que nous avons fait en 2025, cf. ci-dessus.
Enfin, poursuivre notre veille sur les impacts sanitaires de l’évolution aux PFAS. La Métropole de Lyon a lancé une étude ambitieuse (ref [7]), sous le pilotage de l’Institut Eco-Citoyen de Fos-sur-Mer. Notre sollicitation pour être intégrés à cette étude n’a malheureusement pas été retenue. Mais nous en suivrons les résultats avec grand intérêt, et poursuivrons le dialogue engagé avec les autorités sanitaires.
Nous avons besoin de votre support pour poursuivre cette action. Rejoignez nous en adhérant à l’association CEVE !
Références :
[1] Registry of restriction intentions until outcome – ECHA European Chemical Agency – 14/01/2022
[2] : Deep seepage of per- and polyfluoroalkyl substances through the soil of a firefighter training site and subsequent groundwater contamination – Xavier Dauchy, Virginie Boiteux, Adeline Colin, Jessica Hemard, Cristina Bach, Christophe Rosin, Jean-François Munoz – ANSES – 2018
[3] : AVIS de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) relatif à l’évaluation des risques sanitaires d’alkyls per- et polyfluorés dans les eaux destinées à la consommation humaine – ANSES, 21/12/2017
[4] : « Polluants éternels » : en France, près de 1 000 sites contaminés largement ignorés – Stéphane Horel et Stéphane Mandard – site internet du journal Le Monde – 24/02/2023
[5] : Analyse des risques de présence de per- et polyfluoroalkyles (PFAS) dans l’environnement – rapport de l’IGEDD (Inspection Générale de l’Environnement et du Développement Durable) – 14/04/2023
[6] : L’Echo de la Chapelle-Longueville n°12 – septembre 2023 (pages 16 et 17)
[7] : PERLE : L’étude de biosurveillance humaine en polluants PFAS chez les riverains des industries – Institut Ecocitoyen
[9] : Imprégnation de la population française par les composés perfluorés : Programme national de biosurveillance, Esteban 2014-2016 – Santé Publique France – 03/09/2019
