Les PFAS : nature, risques et limites

Les liens vers les références sont en bas de page.

Exemple de formule chimique d’un PFAS, (PFOA : C8HF15O2) – d’après rapport IGEDD (ref [5])

Les PFAS (per- et polyfluoroalkylés) sont une famille de plusieurs milliers de composés chimiques, qui n’existent pas à l’état naturel. Ils sont produits depuis les années 1950, la stabilité de la liaison carbone-fluor qui les caractérise leur conférant des propriétés physiques très intéressantes.

Le schéma suivant synthétise les différentes familles de PFAS (ref [1] )

Source : avis ANSES du 21/12/2017 (ref [1])

Plus précisément, les composés suivis avec la plus grande attention (les plus utilisés, ou supposés les plus toxiques) sont présentés dans le tableau ci-contre.

On peut lire sur le site de l’ANSES (ref [2]) : « Les PFAS sont largement utilisés depuis les années 1950 dans divers domaines industriels et produits de consommation courante : textiles, emballages alimentaires, mousses anti-incendie, revêtements antiadhésifs, cosmétiques, produits phytosanitaires, etc.

Ces substances chimiques sont très nombreuses et varient selon le nombre de carbones qui les constituent. Plus elles contiennent de carbone et plus elles sont persistantes dans l’environnement. L’une des sous-familles les plus connues sont le PFOA (acide perfluorooctanoïque) et le PFOS (sulfonate de perfluorooctane), ces derniers étant les plus persistants dans l’environnement.

Les aliments, en particulier avec les produits de la mer, constituent des sources conséquentes d’exposition de l’Homme à ces composés. Pour les aliments courants, les concentrations les plus élevées de PFOA et PFOS sont retrouvées dans les crustacés et les mollusques. L’eau destinée à la consommation humaine (EDCH) peut également être une source de contamination.« 

Source EEA – ref [4]

D’après l’Agence Régionale de Santé (ARS) Auvergne-Rhône Alpes (ref. [3]) : « la littérature scientifique portant sur les PFAS et leurs effets potentiels sur la santé est abondante et elle s’enrichit continuellement. Les effets étudiés sont des maladies ou encore des réactions de l’organisme sans manifestations cliniques associées ou observables. De nombreux organismes de référence ont révisé les données humaines et animales relatives aux PFAS. Compte tenu des différentes méthodes de synthèse et d’appréciation de la preuve scientifique, le degré de certitude attribué aux divers effets peut varier selon les organismes consultés.

Quatre effets potentiels sur la santé disposent toutefois d’un niveau de preuve jugé suffisant : la diminution de la réponse immunitaire à la vaccination, la dyslipidémie (anomalie lipidique due à du cholestérol et/ou des triglycérides élevés), la baisse du poids de naissance, l’augmentation du risque de cancer du rein.
Le 1er décembre 2023, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé le PFOA comme « cancérogène pour les humains » (groupe 1) et le PFOS comme substance « peut-être cancérogène pour les humains » (groupe 2B).

D’autres types d’effets sur la santé sont suspectés comme par exemple : maladies thyroïdiennes, troubles de la reproduction, de la fertilité, mais avec un niveau de preuve scientifique moins élevé, sur la base des connaissances acquises à ce jour.« 

Plusieurs études (voir par exemple ref [6], ref [7] et ref [8]) montrent que les demi-vies des PFAS « à chaîne longue » est de plusieurs années – plus de 5 ans pour le PFHxS , que l’on retrouve majoritairement dans l’eau des sources polluées de notre territoire. Cela correspond à la durée au bout de laquelle l’organisme humain sera parvenu à éliminer la moitié des composés polluants assimilés durant la période d’exposition à la pollution.

Les PFAS dits de deuxième ou troisième génération, tels que les fluorotélomères, ont des demi-vies beaucoup plus courtes (de l’ordre de quelques mois).

Pour les eaux de consommation humaine, l’arrêté du 11 janvier 2007 modifié (ref [9]) fixe une « limite de qualité » de 100ng/l sur la somme des taux mesurés sur 20 substances. C’est la transposition partielle de la directive européenne 2020/2184.

Cet arrêté prévoit en outre des limites de qualité des eaux brutes de toutes origines utilisées pour la production d’eau destinée à la consommation humaine. Pour la somme des 20 PFAS « de référence », la limite est de 2000ng/l (=2microg/l).

Enfin, depuis le 1er janvier 2023 des limites sont imposées pour certains produits alimentaires mis en vente (poissons, mollusques, crustacés, œufs, viande et abats d’animaux de boucherie, de volailles et de gibier). Si les taux sur 4 PFAS dépassent les limites autorisées, ils ne peuvent être vendus. Cela ne concerne pas les productions des particuliers pour leur consommation propre.

A noter : les autorités sanitaires nous précisent que ces limites ne correspondent pas à des seuils où la toxicité des eaux ou aliments serait avérée. Ce sont des « limites de qualité ». Les seuils de toxicité pris en référence par les autorités sont ceux de l’ANSES, mentionnés dans une note aujourd’hui ancienne (ref [1]). Une note parue fin 2023 (ref [10]) vient d’ailleurs démontrer leur caractère trop optimiste.

La prise de conscience du problème des PFAS a été tardive en France. Les procès retentissants relatés dans le film Dark Waters (Todd Haynes, 2019) ont eu lieu à la fin des années 1990 aux Etats-Unis. L’application du règlement POP (polluants organiques persistants) issu de la convention de Stockholm a conduit à l’interdiction des PFOS en 2009, des PFOA en juillet 2020 et des PFHxS depuis juin 2022.

Ce n’est qu’en janvier 2023 que le Ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires a publié son plan d’action sur les PFAS (ref [11]).

En 2023 encore, le rapport de l’IGEDD (Inspection Générale de l’Environnement et du Développement Durable – ref[5]) a proposé une bonne synthèse des connaissances sur le sujet, mentionnant des insuffisances dans la prise en compte.

La médiatisation du sujet a marqué une charnière. La prise de conscience est désormais bien présente dans l’opinion. Le 6 avril 2024, une « proposition de loi visant à protéger la population des risques liés aux substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées (PFAS) » (ref [12]) a été votée à l’Assemblée Nationale.